C'est la fête du slip sur trini-thé, voilà un nouvel article, signé par l'excellent SubaruD, auteur prolifique et cynique du nom moins génialissime Ka-ku-ren-bou:

 

J'vous laisse profiter ^^ !

 

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Suite à l’excellent article de mon estimée collègue plantigrade, dont je salue au passage bien bas l’abnégation et le talent avec lesquels elle a compté le désarroi des galériens buccaux enchâssés et enchaînés durant leur plus tendre adolescence (faut bien que je lèche un peu, c’est pas mon blog, ici, voyez-vous…), je me suis senti obligé de faire une petite bafouille de complément.

 

Et disons-le franchement : je la dédie à tous les miséreux à la gencive saignée, à la muqueuse déchiquetée, à la mâchoire pendante, tétanisés de douleur dans l’attente de la délivrance que même le jigsaw aurait rendue plus rapide.

 

Bref amis baggués et appareillés, victimes de l’odontologie : ce modeste article est pour vous.

 

Si vous êtes orthodontiste, marié(e) à l’un d’eux, que vous en avez un comme voisin de palier et que vous le saluez avec courtoisie, en revanche, vous êtes un cuistre. Sachez que je ne vous aime pas et que si je venais à vous croiser, je serai tenté d’enfoncer mes canines martyrisées dans votre fesse. La gauche.

 

J’ai été un vilain petit garçon - comme le canard, pas comme un sale gosse, suivez un peu - nanti d’une peau fort printanière (bourgeons, acné, tout ça…) et de dents qui partaient vaillamment vers l’avant, rapport au doigt que je suçais rageusement étant mioche. Le couperet esthétique tomba donc : comme même un génie de la chirurgie plastique ne pouvait rien pour le reste, il fallait au moins rectifier ma dentition. S’ensuivirent alors tous les sévices décrits par Panda dans son précédent article, auquel je vous renvoie.

 

Seulement, si panda a apparemment été une patiente modèle, j’ai littéralement fait écumer mon propre orthodontiste, avec la joie mesquine qu’on peut éprouver à faire chier un adulte quand on a douze ans. Surtout quand ledit adulte a un pouvoir sur vous. Et surtout quand l’adulte a l’amabilité et la douceur d’un maton de Guatanamo. Moins de vingt-quatre heures après m’être fait poser l’appareillage infernal, j’arrachais tout en décidant que je continuerai à sucer mon doigt, dussé-je me sectionner une phalange sur la machine de torture. Laissez-moi vous dire que j’ai la peau sacrément dure, vu comme le tout a littéralement sauté de ma bouche. Retour chez l’orthodontiste, qui se fendit d’une sévère engueulade, dont j’ai juste retenue “Je m’en fous je l’enlèverai ta merde. Connard.”. Je peux supposer sans risquer de faire erreur que le constat tout en nuance devait venir de moi.

 

Et je dois dire que j’étais un jeune homme intègre.

 

J’ai tenu parole.

 

Et mon orthodontiste l’a vécu comme un défi personnel.

 

Au lieu des visites de contrôle tous les mois - voire deux mois - on m’y expédiait toutes les deux semaines (pour l’arc extra oral puis les bagues) et j’avais fini par mettre en place un petit rituel, rien que pour lui : tout ce que j’arrachais, cassais ou décollais, je le stockais dans un petit sachet que je lui ramenais. Bave et sang inclus bien entendu. Et je le jure sur mon âme immortelle - hypothéquée mais immortelle tout de même - on peut arracher des bagues à mains nues. J’avais mal au point de préférer m’acharner dessus, pour les déposer religieusement devant l’orthodontiste ensuite.

 

De guerre lasse, lesieur (riche en oméga 3) orthosadique décida donc d’essayer des arcs métalliques plus épais dont on lui avait vanté la totale résistance aux doigts d’adolescents revêches, qu’il avait testés et dont il m’affirma qu’à moins d’avoir une pince coupante, je ne pourrais pas les arracher.

 

Et n’importe qui vous dirait que mettre au défi un môme de 12 ans est à peu près aussi judicieux que de se balader le cul à l’air tatoué “PSG” dans un stade marseillais. Vous avez tout à perdre.

 

J’ignore si mes doigts peuvent donc être assimilés à des pinces coupantes mais ils firent remarquablement bien leur office : moins de deux jours plus tard , j’avais mal au point de tirer à deux mains sur l’horreur métallique, qui finit par céder. Je convins néanmoins devant un orthodontiste au regard haineux qu’il m’avait donné “un peu plus de mal”. Suite à cette déclaration, le practicien me remit donc un énième câble et - énervement réel ou hargne vengeresse- me fit VRAIMENT mal, ce qui lui valut une dédicace de mes deux incisives dans le majeur. Et son abandon de poste, décrétant en balançant son masque par terre qu’il en avait assez. Je dus admettre que pour la première fois, nous étions d’accord.

 

Il lui a fallu un an pour craquer et me retirer son engin du diable qui, malgré tout, m’avait à peu près redressé les dents. Il a bien tenté de me remettre une gouttière, sorte d’arme du crime parfait destinée à vous étouffer dans votre sommeil et à stocker votre bave sous vos dents afin que votre haleine achève le malheureux légiste chargé de récupérer votre cadavre encore tiède. Comprenant rapidement la supercherie pour se débarrasser de moi malgré qu’il ait appelé ça un “appareil de contention”, je lui ramenais la chose dans la semaine qui suivit. Ma mère - pas découragée - en profita pour lui dire que fort de l’immense réussite que je constituais, elle m’avait fait une petite sœur - délicieuse enfant dont les hurlements auraient fait fermer sa gueule à Céline Dion - et que cette dernière présentait des symptômes de facétie dentaire.

 

L’orthodontiste a pris une grande inspiration et lui a annoncé qu’il allait lui donner l’adresse “d’un collègue.”

 

Mon seul regret c’est qu’il ne voit pas mon sourire à l’instant où j’écris cet article : relativement symétrique, on m’a souvent dit qu’il n’avait rien de sympathique mais donnait de forte pulsions meurtrières à mon endroit. Le brave homme apprécierait sans doute.

 

Cher monsieur R. , orthodontiste. Si vous jugez que je suis une petite raclure stupide n’ayant pas vu son intérêt dans la science merveilleuse qu’est l’odontologie, je me sens obligé de quitter un instant ma riante répartie et mon confortable cynisme pour redevenir sérieux. Quand on travaille avec des enfants et des adolescents complexés à qui on colle des engins de torture dans la bouche, douloureux, mal foutus, source de moquerie, on s’efforce d’être pédagogue et aimable. Sinon on tombe sur d’épouvantables petits trolls comme je le fus pour vous et j’espère avoir réussi à rendre chacune de mes visites aussi déplaisantes pour vous qu’elles le furent pour moi. Et je ricane en songeant que je vous ai potentiellement dégoûté d’un métier pour lequel vous n’êtes absolument pas fait, de toute façon.

 

Vous auriez dû me remercier, tiens.

 

En tout cas, je vous remercie : vous étiez un sacré connard mais j’ai les dents droites. Indispensable pour me gausser en repensant à votre hurlement lorsque vous avez pu tester leur solidité.

 

On a les patients qu’on mérite.

 

SD