Je me suis toujours considéré comme une personne normale ,sans rien de bien particulier, voire même un peu plus banale que la moyenne.

Il était certain que jamais on ne me remarquerai ,et je vivais plus ou moins bien cet état de fait. Il faut dire que de nos jours ,il est tellement rare de sortir de la banalité affligeante de la vie ,que ce n’est plus une fatalité .En fin bref ,une vie terne et sans surprise m’attendait ,avec les classiques études qui ne mènent a rien ,le flirt sans lendemain qui va avec ,et un mariage précoce ou une solitude tardive : les gosses ,les visites dominicales chez la belles mère ,une maîtresse pour tromper mon ennui ,un divorce coûteux et une mort sans panache assortis à la première solution ; les animaux innombrables , les dizaines de psys différent et divers ,des médicaments , antidépresseurs, cocktails détonants , vie d’alcoolique peut être et mort , toujours ,on y passe tous à la fin, mort donc, entouré de ficus et mangé par mes berger allemands ,à la seconde. Rien de bien réjouissant. Mais que faire d’autre de sa vie ? De toute façon ,tellement de gens ont la même, je n’allais pas me plaindre d’avoir reçu autant que mon voisin.

Un vague petit espoir luisait pour moi au bout du tunnel ,mais la peur de m’apercevoir qu’il s’agissait peu être de celle d’un train ,m’avait fait fuir plutôt que d’avancer vers elle. J’étais médiocre ,et me complaisais dans cette reposante médiocrité. Je ne pouvais que le moins ,et l’on ne me demanderais jamais le plus. La promesse d’un avenir meilleur m’était bien trop fragile pour motiver une quelconque réaction chez moi. Alors, qu’est ce qui a changé ?

Aussi ridicule que cela paraisse c’est cette même médiocrité qui m’entraînait vers le fond qui ma fait rejaillir à la lumière du jour.

Médiocre en tout, même en médiocrité. Impossible pour moi de rater ma vie, j’étais trop mauvais pour ça. J’écrivais ma vie, sa platitude , l’ennui grandissant que j’avais a la poursuivre, et pourtant la flemme d’en finir ,enfin toute ces choses tellement banales que une fois écrites, elles tombait dans l’oubli , et que ne relisait jamais.

Un jour quelqu’un est tombé sur un de ses cahier, confident de papier, ami virtuel, simulacre ridicule d’un autre soi même, gardien presque immortel des niaiseries que l’on croit secret. Je l’ai laissé le lire… Qu’est ce que cela m’importait ? Il pouvait le jeter, ou le brûler même , ça le rendrait utile .

Il a fait pire : il lui a trouvé du génie.

Laissez moi crier, hurler même ! Du génie !! voyez vous ça…Une incroyable simplicité et clarté dans les termes , les moments banals de la vie criant de vérité… tant de qualité secrètes trouvées dans ce pauvre torchon ,ce malheureux compte rendu de ma vie.

La vérité est qu‘il plait au gens de voir qu’il existe une vie pire que la leur, qu’il n’ont pas touché le fond, quelqu’un d’autre l’a fait pour eux. Me voilà promu superstar pour nullité excessive et rassurante, en gros comme exemple a ne pas suivre pour réussir sa vie. N’est ce pas merveilleux ?

 

Du jour au lendemain tout le monde se prétend mon ami. Ou que j'aille on me reconnaît, on me salue, on me parle, me touche, m'appelle et m'emmerde au final.

Je n'ai plus confiance en personne ni en rien. Ils attendent tous quelque chose de moi, alors que je n'ai jamais rien attendu de personne , et encore moins de moi.

Des milliers d'yeux me scrutent et m'épient, analysant chacun de mes geste, chacune de mes paroles.

Je ne peu même plus péter sans que ce ne soit consigné quelque part.

Les filles me trouvent du charme, les hommes de l'humour ou de l'audace. On m'invite, on m'attends, on m'espère.


Mais merde, foutez moi la paix !

Alors je me cache, je me terre chez moi, barricade mes fenêtres et piège mes entrées.

Mais le monde est partout. Sur internet, au téléphone....partout ! Partout !

Il se faufile et parasite notre quotidien, il nous appelle, et on finit par céder, on lui offre une petite ouverture, d'abord par curiosité, un blog « comme ça »... Mais le monde ne se contente pas d'un peu.

Il nous aspire, nous avale, nous bouffe tout entier.

Le monde me scrute et m'attend. Va z'y petit, fait ton numéro !

Si tu te débrouille bien, à toi la gloire ! Montre moi de quoi tub es capable, du meilleur comme du pire, mais surtout le pire !

 

Il faut que les autres en profitent et s'en repaissent.

Ils ne parlent que de moi, pour éviter de parler d'eux même. Tu as vu Bidule ? Ouais, il est trop minable ! Et pendant que je suis humilié et rabaissé par leur supériorité intellectuelle, ils gardent leurs petites couilles bien à l'abri, et se toisent comme des hyènes face à une carcasse fraiche, prêtes à s'égorger mais arborant un large rictus sur leur face , et se faisant milles civilités.

Et quand il ne restera plus rien de moi ?

 

Ah ! Cher peuple ! Aime moi, au final tu as bien raison !

Les Romains étaient moins hypocrites, ils envoyaient à une mort réelle et cruelle leurs gladiateurs, et s'amusaient à les voir souffrir et crever comme de pauvres merde, mais au moins les règles étaient claires : survivre et crever les autres, ou mourir pour distraire la foule.

 

Rien n'a beaucoup changé au final !

On envoie à la télé de pauvres gogol avide de reconnaissance, et le monde les regarde tourner dans leur bocal, jusqu'à en crever. Mais la mise à mort du gladiateur a été édulcorée, le perdant se voit juste humilié publiquement. Mais les rires peuvet être aussi tranchant comme des lames.

C'est mon tour.

Je me débat au milieu de l'arène ,clown malgré moi de ma propre vie, ou je m'agite sans but, tentant d'échapper aux fauves que l'on vient de me lâcher dessus. On me déchire à belle dents, on me lit , on m'analyse , on démonte mes propos, on les interprète, les déforme et on me les ressert comme preuve à charge.

Je n'ai pas demandé à être ici. Je n'ai pas eu le choix.

C'est vous qui appellez ça de l'Art, alors arretez de me le reprocher !

 

Bientôt je serait vide, usagé et alors enfin on me laissera tranquille.

Mais c'est faux. Ma vie d'avant a explosé en un millier de petit éclats.

La célébrité me colle à la peau.

Elle m'a eu la chienne.

J'ai toujours été un raté, je ne m'en suis jamais caché. Mais que j'en redevienne un alors que « j'aurais pu être quelqu'un », on ne me le pardonnera pas.

Pas de retour au point zéro. Ce sera toujours pire après qu'avant. Troisième sous sol pour moi.

Au revoir, merci.

Je suis « encore plus raté ». On rit encore de moi, mais cette fois ci ça ne me rapporte rien.

On m'épie toujours. Pire, on attends quelque chose de moi. Avant je donnais, maintenant je dois.

Comme si j'étais redevable de quoi que ce soit à ces con qui on cru en moi.

 

Quand t'es célèbre, faut toujours que tu grimpes vers de plus haut sommets, alors qu'au début t'avais juste envie d'aller en ligne droite . Ou en pente douce vers le bas, comme moi.

 

J'aurais pu avoir une vie banale, voir médiocre. J'aurais pu la vivre sans emmerder personne, et disparaître discrètement, dans l'intimité de mon foyer. Personne n'aurait été au courant, et j'aurais été un anonyme de plus dans la multitude de la planète. Et ça m'allait très bien comme ça.

Y faudrait pas être célèbre.

Jamais .

 

Alors je me suis barré. Je me suis caché. Loin.

Pendant longtemps.

Et comme j'étais tranquille, et que personne ne me remarquait plus nulle part, je suis à nouveau sortit.

Et comme je m'ennuyais, j'ai commencé à griffonner et gribouiller des petits bonhommes dans des cahiers. Personnages grotesques et disproportionnés. ,des scènes de la vie quotidienne, saynètes sans queue ni tète, des choses tellement banales que une fois dessinées, elles tombait dans l’oubli .

Un jour quelqu’un est tombé sur un de ces cahier...

 

 Alors je l'ai tué.