Le concert de l'Enfer
Ceux qui ont lu mon article Acné et Châtiments savent que, sous mes apparences de dure à cuire aigrie, se cache une petite chose fragile. Et des fois (souvent) elle ressort malgré moi, au pire moment possible. Mardi dernier, par exemple.
Cette fois-ci, l'élément déclencheur ça a été Nem, une de mes colocs. Elle m'a posé une question. Une seule. Très simple. En toute innocence, et avec les meilleurs intentions du monde. Cette question là :
Ceux qui ont lu Dieu existe et il porte du cuir. savent que je suis fan d'Alice Cooper et que j'avais assisté à son concert au festival Confluences de Montereau. Ce qu'ils ne savent pas en revanche, c'est qu'à peine rentrée j'ai commandé un billet pour son spectacle au Zenith. Sauf que j'avais commandé mon billet sur le site officiel de l'artiste. Site américain. Qui affiche donc ses dates de la sorte : 11/08/11. Doooonc dans ma petite tête de chat persan débile, le concert était le 11 novembre. Sauf que le reste de l'Univers ne se conforme que rarement à mes désirs (cette pute).
Je réalise du même coup que je n'ai JAMAIS reçu le mail de confirmation pour ma commande, ni ticket, nada, rien, que dalle, niet. J'enlève mon pyjamas que j'avais gardé toute la journée (je suis une loque et je vous conchie), et je cours un peu partout dans l'appartement à poil pour essayer de trouver des vêtements à la hauteur de l'événement. Finalement, j'ai qu'un t-shirt de propre, et mon pantalon est trempé et glacé, puisqu'il sort de la machine. Tant pis, je l'enfile. J'essaye d'imprimer mon relevé paypal pour avoir une preuve. L'imprimante de Damie (mon autre coloc) me fait un gros bras d'honneur et refuse d'imprimer quoi que ce soit. Celle de Nem a accepté par contre. Elle m'a pondu ça :
Froissé, tâché, imprimé de travers. Toute tentative de réimpression se soldera par un "PROUT" de la machine infernale, qui a décidé que finalement, ne sortir que des feuilles blanches, c'était plus fun. C'est à ce moment précis que mon moi-même d'adolescente résignée à souffrir a décidé de se manifester.
Nem me dit que je suis trop con, et que les français sont plutôt coulants avec ça : j'y vais, je leur explique, ils me laisseront entrer. En plus, le concert commence à 19h, j'ai largement le temps d'arriver là-bas. Je dis que c'est pas la peine, que c'est trop tard, QUE TOUT EST PERDUUUUU ! et je pars pleurer dans ma chambre. Nem finit par partir, parce qu'on l'attend au taffe, faut pas déconner. Je couine toute seule dans le noir, la morve au nez. Puis je vais me faire une chicorée au caramel, parce que pleurer ça creuse. C'est à ce moment-là que le déclic se fait.
Je réalise que ce que je fais n'est pas productif. Et MERDE, au moins j'aurais essayé. Je file, je chope mon train de justesse... Je réalise que je ne sais pas où est le Zenith. Je téléphone à Nicolas. Il me dit que c'est Porte de Pantin et que la 7 la desserre... Sauf qu'en fait non. Je m'en rends compte avant d'arriver au terminus, je descends à Corentin Cariou.
OK, sur le plan, ça a l'air facile. En vrai, la distance est bien plus importante, et surtout, je n'avais absolument AUCUNE idée de la direction dans laquelle je devais me diriger. J'ai laissé la chance choisir et j'ai remonté la ruelle la plus sombre et la plus glauque que j'ai pu trouver. Cherchez pas à comprendre, elle m'inspirait. Au bout de la ruelle, y'avait des rails. J'ai traversé les rails. Et là... le parc de la Villette. Entre moi et mon but. Le parc de nuit. Avec des gens qui parlent fort, qui me regardent en biais. Là, la voix de mon adolescence (qui s'était contenté jusque là de me souffler tout les trois mètres que je ferais mieux d'abandonner avant même d'avoir essayé) a pris beaucoup plus de puissance.
Mais FUCK, je m'enfonce entre les arbres et les manèges de chevaux de bois éteints. Le temps passe, toujours pas la moindre trace d'autres fans, pas de musique pour me guider, pas de lumière ou de cris. Il faut se rendre à l'évidence. Je suis perdue. Je cède. Tant pis. Je n'irais pas. Je vais faire demi-tour, rentrer chez moi, me refaire une chicorée caramel et pleurer.
Sauf que je suis tellement perdue que je ne sais pas dans quel sens repartir. Finalement, 18h55, je vois un petit pont. Par là, ou ailleurs, au point où j'en suis... Et je tombe sur le Zenith ! Je fais la queue. En stressant. Ça va sans dire. L'adolescente dans ma tête me répète encore et encore que ça ne sert à rien, qu'ils ne me croiront pas, que je ferais mieux d'aller voir un des revendeurs là-bas et de lui acheter un billet si je veux VRAIMENT RENTRER. Entre temps, il s'est mis à pleuvoir. Heureusement que je ne me suis pas maquillée.
J'arrive au guichet, je montre ma carte d'identité, le mec ne trouve pas mon ticket. Je me sens au bord des larmes. L'ado est triomphante. Tout ça pour rien. Sauf qu'il a cherché encore et encore et... il l'a trouvé, mélangé avec les tickets d'un autre concert. Je suis encore plus au bord des larmes, mais de joie cette fois. Je rentre enfin, j'essaye de passer le code barre dans la machine... ça ne marche pas. Je panique. Un mec de la sécurité regarde mon ticket, me dit que c'est OK, et m'indique l'entrée pour la fosse. Je me retrouve à deux mètres de la scène.
Et ensuite y'a eu Alice.
Yes we love you~







