Balade pour une rose. /!\ Gore !! /!\
Voilà ma participation -qui n'a pas gagné- au concours de conte sombre organisé par Ehowinn.
ATTENTION ! Certaines scènes peuvent choquer les gens sensibles !!
*******************************
« Il était une fois... »
Le jeune barde dégluti avec peine. Sa bouche était sèche , sa voix chevrotait et sa mandoline sonnait faux sous ses doigts. A son coté sa sœur tremblait tant que son tambourin jouait seul dans sa main.
La cour les encerclait.
Les sourires figés des masques grotesques qu'ils arboraient tous n'étaient pas les seuls à les mettre mal à l'aise.
Le vrombissement sourd et continu des nuées de mouches laissait la tête lourde et l'odeur de charogne portait le cœur au bord des lèvres à chaque instant.
La Reine les regardait aussi.
Elle fit un geste lent de sa main fanée , invitant la jeune fille à s'approcher d'elle.
Le cœur du jeune homme se figea . Il serra fort la main de sa sœur dans la sienne mais n'osa pas croiser son regard.
Enfin il la laissa partir.
Il serrait les dents à s'en casser la mâchoire .
Un silence lourd régnait alors qu'elle avançait à petits pas anxieux sur le grand tapis rouge menant au trône, uniquement troublé par instant par le bruit mou d'un morceau de chair tombant à terre près d'elle, déversant sous le choc sa lourde cargaison de vers immaculés.
Quand elle fit mine se s’arrêter, la Reine l'invita à s'approcher encore, de plus en plus, pour finir par être si proche qu'en tendant le bras elle aurait pu la toucher.
Sans un bruit deux gardes se postèrent derrière elle.
Elle tenta une révérence , mais elle tremblait si fort qu'alors qu'elle s'inclinait ses jambes se dérobèrent sous elle et elle tomba a genoux .
Elle resta immobile un instant, vidée de toute force, réprimant les lourds sanglots qui montant de son ventre douloureux.
Elle releva la tête au contact des mains sèches sur sa peau.
La Reine avais saisi son visage entre ses mains craquelées. Elle la détailla avec douceur et attention, inclinant d'un coté puis de l'autre le visage blême de la pauvresse aux traits tirés .
La fièvre collait de lourdes mèches de cheveux a son front et ses tempes , de larges cernes violettes marquaient ses yeux et ses joues étaient creusées de trop de jours de jeûne sans doute, mais ses traits étaient délicats et sa peau si blanche qu'elle en était presque translucide .
« Que tu es jolie » ,lui souffla la reine avec un sourire .
Elle se redressa, rayonnante. Avisant ses gardes, elle leur adressa un petit signe, et désignant la jeune fille encore à genoux, lança gaiement:
« Qu'on lui coupe la tête ! ».
Dans un ensemble parfait d'avoir tant et si souvent obéit à cet ordre qu'ils l’exécutaient sans même y réfléchir, l'un posa aux pieds de sa majesté une large vasque d'or, tandis que l'autre d'une poigne ferme saisit la jeune fille par les cheveux et lui trancha la gorge .
Un large flot de sang jaillit de la blessure et éclaboussa de toute sa force Sa Majesté .
Dans toute la salle raisonna le râle de plaisir de la Reine .
Elle s'était mise debout, visage levé au ciel . Le sang dégoulinait lentement sur elle, le long de son corps frissonnant d'extase. On pouvait la voir s'en gorger avec délice par tout les pores de sa peau, et lentement ses feuille racornies se dépliaient, retrouvaient leur verdeur et leur souplesse d'antan, ses épines dardaient a nouveau fièrement leur pics acérés .
La corole pourpre s'enfla, frémit et aspira avec gourmandise les dernières perles chaudes qui la constellaient, avant de s'épanouir enfin dans toute la grâce de sa beauté de rose.
La foule applaudit .
Elle se rassit, satisfaite.
Sous les vivats de la foule les gardes terminèrent de vider la demoiselle et recueillirent son sang dans la vasque dorée. La Reine y plongea immédiatement ses racines avides.
Délice divin !
D'un coup de cimeterre la tête fut séparée du corps et le corps suspendu par les pieds au dessus du trône. Ainsi les ultimes gouttes carmines abreuvaient encore de leurs bienfaits les pétales royaux.
La tête fut plantée au bout d'une pique élégamment sculptée et disposée fort joliment dans un soliflore aux coté de la Reine.
Une fois tout cela fait, les gardes se retirèrent en silence et la foule se tut.
Enfin désaltérée, elle observa la cour silencieuse.
« Laids! Tous plus laids les uns que les autres. », pensait la Rose, qui de ses yeux de fleur ne pouvait voir qu'en place de visages elle contemplait des masques.
Son regard se posa sur l'un de ses bouquets.
Elle sourit.
Devant elle, de part et d'autre de l'immense tapis rouge se dressaient d'énormes vases, débordant de têtes décapitées plantées sur des piques.
Ses bouquets d'humains.
Les plus beaux spécimens, tous choisit et cueillit par elle. Pour elle.
Sa bouche se plissa d'amertume.
Les têtes n'étaient pour la plupart plus très fraiche, beaucoup étaient maintenant gonflées de pourriture et perdaient de larges morceaux, suintaient par tout les orifices. Leurs bouches ouvertes en un dernier cri silencieux vomissaient de longs traits de vermine. Toutes grouillaient de milliers de vers que des milliers de mouches y pondaient.
La Reine soupira .
Les mouches pondaient trop vite et gâtait trop tôt la fraicheur de ses jolies fleurs de viande, mais que faire contre ces jolis butineurs de chair ?
Déjà elles s'attaquaient a sa dernière cueillette, suçant, goutant, tétant la tige flasque suspendue au dessus d'elle et la tête a son coté.
Elle caressa la joue molle de la jeune morte, faisant fuir quelques abeilles de charnier.
Bien jolie en vérité. Pas la plus belle, mais elles se faisaient si rare désormais les belles plantes à cueillir, qu'elle ne faisait pas la difficile.
Perdue dans ses pensées, un bruit lui fit brusquement tourner la tête.
Là, au milieu de la salle, immobile sur le tapis épais qui menait jusqu'à elle, se tenait le garçon.
Elle l'avait oublié.
Le bruit provenait de l'objet qu'il tenait à la main et qu'il triturait du bout de ses doigts fébriles.
Elle plissa les yeux pour mieux discerner ses traits , mais avant qu'elle ai pu correctement le détailler de sa mauvaise vue, ce dernier se plia en deux en une révérence majestueuse .
Il resta ainsi, la tête à pas plus d' une coudée du sol ,pour s'adresser à elle.
« Ma Reine, c'est un honneur pour moi que d'avoir ma jeune sœur choisie par vous ,pour vous tenir compagnie !
Permettez moi à mon tour de vous distraire quelque peu en vous contant une histoire . » Il s'inclina encore plus , presque au point d'en tomber en avant tête la première.
Elle sembla hésiter . Ses racines baignaient toujours dans le délicat élixir de vie dont elle avait tant besoin, et quelques chansonnettes pour meubler son repas seraient sans doute des plus agréables après tout.
Elle se cala plus profondément dans son trône, et invita le barde à commencer.
Celui ci se redressa, la remercia d'une courbette plus modeste et s'éloigna de quelques pas pour rejoindre l'endroit exact où il s'était tenu quelques instants plus tôt sa sœur tremblante contre lui.
Ainsi éloigné, la Reine ne distinguait plus de lui qu'une forme vague.
Il saisit sa mandoline et après quelques notes d'échauffement, entama sa balade.
« Il était une fois, il y a quelques années,
une Reine banale sans particularités
qui pour oublier son jeune veuvage
de toute fleur s'éprit sans ambages.
Les petites, les grandes, les discrètes,
les colorées, les simples ,les coquettes,
toutes coroles sans exceptions
recevaient son amour et attention.
Mais si toutes enchantaient son cœur,
aucune pourtant ne le mettait en émoi
et ne tarissaient ses pleurs
d'avoir à jamais perdu son roi.
Ses journées passaient moroses
à visiter les cours, les allées,
admirant les iris, les azalées,
caressant le velours des roses.
Le soir laissait place aux sanglots
jusqu'au lever de soleil suivant
où tout recommençait à nouveau
jusqu'au prochain soleil couchant.
Le manège aurait pu continuer longtemps
peut être des années, jusqu'à la fin des temps
si par hasard dans une cour éloignée,
derrière l'écurie, jouxtant le fumier,
avec amour et acharnement
un petit jardinier ne cultivait
dans le plus grand recueillement
un chétif plan de rosier.
Il n'était pas gros le pauvret
mais il y mettait tout son cœur
pour choyer ses petit feuillets
et lui faire pousser une fleur.
Plus petite qu'une noix
d'un carmin rayonnant
des pétales de soie
et un visage charmant.
la Reine d'un regard s'en épris
et vint la visiter chaque jour
remercia Dieu pour cette amie :
elle avait retrouvé l'amour.
Mais la nature est ainsi faite
que fanent les roses petit à petit
elle fanent courbent la tête
puis s'en vont au paradis.
Voyant sa mie vers la mort avancer
la Reine effondrée s'énerva
ordonna sitôt au jardinier
de tout faire pour changer cela.
Il s’exécuta tout tremblant
de plus d'engrais la couvrit,
l'arrosa généreusement
de paille douce lui fit un nid.
Toute requinquée la rose
releva la tête ,devint plus grosse.
La reine respira , rassurée,
sur ses pétales posa un baiser.
Il en fut ainsi chaque fois
que le temps vint chercher son dû ,
que la rose se flétrit , fit profil bas
réclamant soins et travail ardu.
Pour sauver la rose et sa vie
le jardinier inventa milles recettes
des potions ,des extraits inouïs
qui la gardèrent toute jeunette.
Ainsi épargnée par les jours
la rose grossit sans s’arrêter
et fut si grande que la cour
où elle poussait dû quitter.
Elle fut plantée en bonne place
dans un parterre face au palace.
La terre d'ici ,riche et brune
ne lui plu pas, trop commune
pour elle, gâtée, était trop chiche.
Elle exigea immédiatement
des nourritures plus riches
pour son appétit croissant.
Le jardinier dû trouver encore
de quoi contenter la pécore.
C'est d'une piqure du doigt
sur une épines qu'il trouva .
De son sang était tombé
directement sur les racines .
La rose se mit à soupirer:
« Mais quelle boisson divine ! »
Le jardinier se transforma
depuis ce jour pour l'abreuver
en égorgeur de petits chats
puis en rôdeur de bas quartiers.
Lorsque la Reine vit cela
une fois la surprise passée
pour sa rose elle amena
son petit chien à sacrifier.
Ç'aurait pu durer longtemps
d'arroser la belle de sang
mais la rumeur dit bientôt
qu'elle croquait les marmots.
Sa Majesté fort contrariée
ne daigna plus la visiter
son jardin puait l'ordure
sa terre n'était que pourriture.
Le jardinier un jour s'enfuit
sans doute honteux de ses actions
et disparurent avec lui
toutes ses recettes et ses potions.
Sans les bons soins de son amie,
privée des élixirs et décoctions
sa corole pourpre se flétrit
et réclama sang par gallons.
La Reine eu pitié d'elle
puisqu'encore elle l'aimait
elle fit fabriquer à la belle
le plus grandiose des jardinets.
Afin qu'elle ne soit plus seule
autour d'elle on fit planter
des camélias, quelques tilleuls
un large parterre de rosiers.
Entourée de ses jumelles
elle s'égailla, voulu parler
mais les fleurs toutes nouvelles
n'avaient rien à raconter.
Elle pensait mourir ici
pas de vieillesse mais d'ennui
mais sa fin n'était pas encore là
et je vais vous dire pourquoi.
Comme il arrive bien souvent,
une grande fête fut donné
et pour parer cet événement
l'on commanda mille bouquets.
Par un hasard méchant
les fleurs virent à manquer.
C'est un valet fort peu savant
que l'on chargea d'en ramener.
Mais où trouver si vite
de belles plantes bien cultivées ?
Après une petite visite
la solution fut toute trouvée:
Les jardins de la Reine
en débordent de partout !
Les allées en sont pleines ,
qui le verra, après tout ?
C'est les rosiers carmins,
de notre fleurs les voisines
que choisir notre larbin
pour effectuer sa rapine.
C'est ainsi qu'elle vit chaque jour
les têtes de ses amies tomber
afin de parfumer la cours
de sa Reine bien aimée.
Quand elles étaient flétries,
leur beauté morte, vides de vie,
on les jetait par brassées
à pourrir dans le fumier.
« On leur coupe la tête ! » geignait elle
chaque claquement de sécateur
faisait plus fort pleurer la belle
comme un coup ,droit porté au cœur.
L'angoisse est une mauvaise amie
pour les belles dames comme pour les fleurs
sur son sort versa tant de pleurs
qu'elle devint folle et fort aigrie
N'en pouvant plus supporter
elle ôta ses racines de terre.
Sur le palais alla marcher,
clamer à la Reine sa colère.
La voyant ainsi déracinée
la Reine se sentit pâle, défaillit,
dans ses bras voulu la serrer
l'aimer comme son enfant chéri.
L'étreinte fut assassine.
Elle succomba devant ses gens,
le corps percé de cents épines,
les veines vidées de leur sang.
De la couronne la rose se coiffa
et personne dans l'assemblée
ni d’ailleurs ne se risqua
jamais à la lui contester.
Depuis ce jour fleurissent
les bouquets de têtes humaines
sur de longues piques de supplice
que chéri tant la nouvelle Reine.
Mais pour sa soif inextinguible
bientôt manquent les pucelles.
La rattrape son destin terrible:
que toute rose reste mortelle.
Depuis,des voyageuses de passage
jusqu'aux fermières et aux souillons
pour la beauté de son feuillage
peu lui importe : Exécution !
Elle laisse venir en son château
du tout venant, des étrangers ,
peu lui importe, entrez badauds !
Elle cherche juste à ripailler .
La souveraine n'est pas méfiante
car se croyant toute puissante ,
comment peut elle seulement douter
qu'on ne puisse pas que l'adorer ?
Aujourd'hui elle sera détruite
par moi même ,son jardinier
et elle ira, fleur maudite
sur son fumier enfin crever !
Figurez vous que ce repas,
ma petite sœur, ma pauvre Angèle
était comme un cheval de Troie
mais empli de poison mortel !
A ces mots, la Reine explosa de surprise et de rage, hurlant, renversant d'un coup de pied furieux la vasque emplie de sang dont elle s'abreuvait encore quelques secondes auparavant.
Elle se figea brutalement , en proie à une vive douleur.
Portant la main à son front, un pétale s'en détacha.
Il chut avec lenteur jusqu'au sol et l'atteignant enfin - « ploc »- une goutte lui tomba dessus. Là où le liquide avait touché, la chair se racornit et un trou perça.
Surprise, elle leva la tête .
Du corps décapité suspendu au dessus d'elle gouttaient des perles claires . Elles roulaient le long de ses pétales et l'étoilaient de taches noires, laissant dans leur sillage de longues brulure sombres.
Une nouvelle tomba. Elle s'en protégea de la main .
Déjà défigurée, ses mains feuillues fondirent au contact de cette pluie meurtrière.
Une perplexité horrifiée avait remplacé la colère de son visage.
« -Vinaigre et sel . Très efficace contre les mauvaises herbes.» Commenta le barde-jardinier qui s'était rapproché.
Il lui caressa la joue, et une large poignée de pétales flétris tombèrent au sol.
« Angèle s'en est emplit le ventre ,sachant d'avance le sort que vous lui réserviez. Elle a eu tant de mal pour tout avaler, le vinaigre lui rongeait les entrailles et empoisonnait déjà son sang quand vous l'avez choisie. Il s'en est fallu de peu qu'elle ne meure avant d'arriver à vous, elle était si fragile.
Maintenant ce poison coule de son ventre sur vous. Il est aussi dans tout ce que vous avez bu .
La sentez vous ,Votre Majesté, la mort qui s'insinue en vous ? »
Mêlé au sang, l'esprit occupé par la chanson ,elle n'avait rien senti de la brulure sourde du désherbant.
La rose tremblait de tout son corps.
Ça ne pouvait pas finir comme ça ! Elle avait toujours survécu ,depuis si longtemps !
Ses jambes se dérobèrent sous elle, craquante, desséchées. Le jeune homme la retint par la taille afin qu'elle ne tombe pas.
Une Reine se devait de mourir debout face à son peuple.
Elle jeta un regard haineux à la tête décapitée d’Angèle. Ses yeux vitreux se moquaient d'elle, elle pouvait presque voir ses chairs molles et blanches frémir sous son rire silencieux.
Les mouches qui grouillaient dans son nez et sa bouche flasque aussi se riaient d'elle.
La salle entière tremblait sous des rires de silence tonitruant.
Ne sachant plus que faire, malade de peur, plus folle que jamais, la rose ne pu que réagir comme elle l'avait fait depuis tant d'années : Du sang ! Il lui fallait du sang ! Du sang neuf, du sang pur, pour expulser ce poison, pour guérir ses brulures !
Le barde la soutenait toujours .
Elle se jeta contre lui et l'enlaça de toutes ses dernières forces, lui enfonçant dans le corps ses centaines de longues épines en une étreinte mortelle.
Il poussa un seul cri de douleur, puis l'enlaça a son tour, à la grande surprise de la fleur.
Elle ferma les yeux ,savourant la sensation merveilleuse du sang chaud suintant des larges plaies contre elle.
Elle ouvrit grand toutes les fibres de son être pour s'en gorger au maximum et tenter de purger le poison qui la rongeait lentement.
Ils restèrent enlacés ainsi de longues minutes, sous le regard de la foule muette.
Quand sa fin fut proche, le jeune homme s’affaissa doucement sur la rose. Leurs deux corps enlacés glissèrent contre le trône et finirent étendus au sol , toujours étreints.
Allongés ainsi ,lui au dessus, elle en dessous, on eu pu croire deux amoureux.
Dans un dernier soupir, le barde murmura à l'oreille de sa belle fleur ces derniers mots :
Angèle était bien trop menue
pour assez prendre de poison
Alors le garçon aussi en bu
jusqu'à la lie, un plein bidon !
La rose hurla et hurla encore, se débattant en vain sous le cadavre du jeune homme qui déversait sur elle la mort goutte par goutte.
La foule applaudit .