J'irais chier des arcs-en-ciel sur vos tombes !
Bon, pour le titre, c'est Pandalilou qui m'a forcée. Ou plutôt, j'avais pas d'idée, elle a trouvé ça, et ça m'a fait trop rire pour ne pas le mettre. "Du sable dans mon vagin" par contre, c'est ma création perso (et OUI j'en suis fière). Non, parce qu'à force de râler, il fallait bien que je finisse par me construire un autel à ma gloire. Le sacrifice d'aujourd'hui : les fantrucs de merde yaoi.
Expliquons-nous, avant tout. Je suis yaoiste (même si je n'aime pas à me déclarer comme telle, parce que certains clichés du milieu me collent de l'urticaire à la simple idée d'y être associée). Mais je déplore fortement le niveau MERDIQUE des fan-fics/arts/dolls... qui courent sur Internet. Donc, vu que mon troisième truc préféré (après "regarder des films pourris et poster des articles sur des forums pour m'en moquer" et "manger la pâte à gâteau crue qui reste au fond du saladier") c'est me plaindre... Vous allez y avoir droit. Si si.
Pas de lexique ou d'explications, aujourd'hui, si vous ne savez pas ce que signifient "uke", "seme", "yaoi" et autres "shonen-ai", c'est que vous vivez sous une pierre depuis trop longtemps. Et moi je parle pas aux crustacés. En vrac, donc :
• Les Fanfics
Les fanfics en elles-mêmes, je trouve ça très bien. J'en ai même écrit. Dans mon cas, je vois ça comme une sorte d'exercice de style, une façon de travailler mon écriture en utilisant un univers et des personnages qui ont déjà des règles et des caractères bien établis. Dans les fanfics que je lis, j'aime assez celles qui permettent de considérer l'histoire d'un autre point de vue, de creuser un personnage quasi inexploité par l'auteur, ou même qui proposent une fin alternative.
Ce que je tolère nettement moins néanmoins, c'est le massacre quasi systématique que subissent les-dits persos et univers dès qu'il vient à l'idée d'un(e) yaoiste de mettre la main à la pâte. Les traits de caractères sont exagérés (Duo, de Gundam Wing, qui passe de "personnage ironique et dynamique" à "gros rigolo de service hyperactif") ou carrément oubliés dans le procédé (Quatre, de la même série, qui malgré son caractère doux est un personnage "fort", un leader de guerre, se change souvent en petit uke classique, timide, rougissant et passif). L'univers est joyeusement saccagé, puisqu'aux yeux de l'auteur, son seul intérêt consiste à servir de décor pour que les deux (ou plus) personnages sur lesquel il/elle a jeté son dévolu puissent se troncher toutes les cinq lignes.
Décrire une relation d'amour naissante entre deux personnages est un exercice difficile... Plus encore si dans la série originale les deux en questions n'ont aucun intérêt amoureux l'un pour l'autre. Le degré de difficulté est multiplié par 10 quand ils sont de même sexe. Généralement, la fanfic yaoi de merde va résumer le problème de la façon suivante :
-X et Y sont amis, donc X et Y sont amoureux en vrai.
-X et Y se détestent, donc en réalité X et Y se désirent mutuellement et se haïssent parce que se réprimer les fait souffrir.
-X se déteste parce qu'il aime Y, qui est hétéro, mais en secret Y est aussi amoureux de lui.
-X et Y sont cousins/frères/jumeaux, donc X et Y couchent ensemble pour s'entraîner/le fun/s'entraider (?), et découvrent qu'en fait ils s'aiment.
-X viole Y parce qu'il l'aime trop (??), donc Y tombe amoureux de lui.
-X a le coeur brisé par Z (une fille, baaaah, les filles c'est sale et méchant !), donc Y le viole pour le consoler (???) et X va comprendre qu'il a toujours aimé Y en réalité.
Et ceci n'est qu'un petit panel des scénarios clichés, malsains, sexistes, empreints d'une psychologie de bazar qui ne ferait pas rougir ELLE, que la fanfic de merde yaoi propose (on va dire FFMY). La FFMY a un but très simple, dans le fond.
-La FFMY se contrefout du fait qu'après un traumatisme comme un viol, la victime s'attache rarement à son agresseur (et quand c'est le cas, on parle de syndrome de Stockholm, et c'est loin d'être la relation la plus saine du monde).
-La FFMY se contrefout de véhiculer des clichés sur les gays en présentant des personnages profonds comme une flaque en août : seme viril, grand, fort et protecteur, uke timide, passif, efféminé et fragile. Le "c'est qui qui fait la fille dans le couple ?" a encore de beaux jours devant lui. Sans parler du fait que le uke "timide" est souvent une petite chaudasse qui n'attend qu'une chose, qu'on lui défonce la rondelle.
-La FFMY se contrefout de la vraisemblance. J'ai vu des pornos mieux scénarisés. Je ne compte plus les anus vierges qui ont pu découvrir les joies de la sodomie à sec dans un LoveHotel sordide, sans subir de douloureuses fissures, ni même se choper une petite MST.
Non, la FFMY se fout de tout ça, son seul but est d'amener les deux personnages à se sauter le plus vite possible pour que l'auteur puisse ruiner sa culotte en écrivant, et celles de ces lecteurs/trices quand ils/elles verront l'update.
"L'amour ? Quoi, apaiser ses hormones en tirant son coup, ça n'est pas de l'amour ? On m'aurait menti ? La tendresse ? Ben, il lui fait un bisou après l'avoir violé et torturé, c'est bien la preuve qu'il est tendre et qu'il l'aime, dans le fond ! Les doutes ? Quoi, les doutes ? Comment ça "suce ma bite, ça ira mieux" n'est pas la solution à tous leurs problèmes ? Des épreuves à surmonter ? Bah, on collera un père homophobe qui violera son uke de fils au cha pitre 57, ça fera un ressort scénaristique..."
Certains se diront que j'exagère. Oui. Mais à peine. J'ai rarement trouvé une lecture plus profondément sexiste que les fanfics yaoi de merde. Je ne m'étendrais pas d'avantage sur le sujet parce qu'il reste beaucoup à dire sur les fantrucs, mais si je trouve parfois choquant le rôle des personnages féminins dans les oeuvres yaoi (briseuse de couple, chaudasse de service, manipulatrice, méchante de service, ou juste morte, les places sont variées), la façon dont sont représentés les hommes me révulse bien plus. C'est à mes yeux un profond manque de respect que de résumer les relations entre deux hommes comme dominant/dominé (traduire "violeur/violé") et à d'interminables parties de jambes en l'air entrecoupées de dialogues (si on est chanceux). Les hommes ne sont pas des chiens en rut. Navrée de vous l'apprendre.
• Les Fanarts :
La beauté du fanart, c'est quand l'artiste parvient à dépasser le simple hommage à l'auteur original pour arriver à créer une oeuvre propre, qui lui appartient. Quand je vois un fanart et que le premier truc qui me passe par la tête c'est "wow, ce dessin est superbe" puis "ah ! c'est un fanart de (insérez nom de série/livre/manga/etc... ici) en plus !", là je sais que c'est réussi.
Le plus souvent, néanmoins c'est "OK, donc Sasuke roule une pelle à Naruto, original. Les yeux sont pas de la même taille, c'est bizarre. Ah, les mains sont cachées, il/elle a pas dû réussir à les dessiner. Y'a pas de fond non plus. Tiens, c'est pas la même position que le couple sur la couverture du tome 1 de (insérez nom de shojo connu) sauf qu'il/elle a pas dessiné de seins ? Ah oui. C'est ça, il/elle a simplement décalqué."
Sérieusement, dans Fanart, il y a ART. Et trop souvent, cette partie-là est oubliée. Trop souvent, je rebaptiserais bien cette catégorie Fanporn. Au moins ça ne mentirait pas sur la marchandise. J'en ai marre des dessins baclés, moches, décalqués, coloriés avec les pieds et au pastel gras, des personnages qui flottent dans le néant intersidéral (parce que les décors, c'est trop dur à faire), des erreurs d'anatomie si flagrantes qu'elles feraient passer Quasimodo pour une gravure de mode (je me marre en repensant aux pénis en forme de glace à l'eau implantés au niveau du nombril), et des petits détails scabreux que les "artistes" se complaisent à étaler. Berk. Si il/elle avait utilisé sa main droite au lieu de la gauche (la droite étant affairée bien plus bas), peut-être le résultat aurait-il été plus potable...
• Les Fandolls :
Comme je demeure BJDiste avant tout, je me vois obligée d'aborder ce fantruc précis, qui est de plus en plus courant dans le milieu. La Fandoll est une poupée (généralement une BJD) faite à l'effigie d'un personnage ou d'une personne (acteur, musicien...). Bien réalisée, ce type de poupée peut être superbe (même si personnellement j'ai toujours un peu de mal avec ça, mais ça n'engage que moi et je peux pleinement apprécier une custo bien faite). La Fandoll est un excellent support de création pour ceux/celles qui ne savent pas écrire/dessiner, ou même qui savent, mais qui veulent aller plus loin dans le fanart en créant une oeuvre en 3D.
Là ou ça se gâte, chez la FanDoll Yaoi de Merde (FDYM), c'est que généralement, le personnage incarné dans la résine n'est pas issu d'une oeuvre yaoi à la base. Le/la propriétaire prend donc dès le début une certaine liberté avec le personnage. Et, trop souvent, ça ne va pas en s'arrangeant. Si on peut changer aussi facilement l'orientation sexuelle du personnage de quelqu'un d'autre, pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Le moule choisi pour la pauvre FDYM n'a donc que peu de rapport avec le véritable physique d'origine (Rogue de Harry Potter qui, de maigrichon aux cheveux gras et au gros nez, passe à l'éphèbe goth-so-dark-tortured). Et ça continue : "Oh, et puis tant qu'on y est, j'aime pas son passé, c'est trop/pas assez (rayez les mentions inutiles) triste, et si je changeais tout ? Ah, et puis c'est une interprétation personnelle après tout, je vais aussi modifier son caractère pour en faire une lopette geignarde que j'utiliserais comme catharsis pour évacuer mon mal-être intérieur et mes errances amoureuses...". Il va sans dire que souvent l'univers qui entoure le personnage, le scénario et son entourage sont massacrés, voir carrément supprimés.
Si c'est pour mutiler à ce point ce pauvre personnage, au point qu'à part son nom, il ne soit plus reconnaissable, pourquoi ne pas créer son propre personnage ? Ok, c'est peut-être plus difficile que de faire la sangsue sur le travail d'un(e) autre (et récolter au passage de la "très désirable" cyber-célébrité parce que tous les fans du perso vont venir faire un saut sur le topic), mais c'est à mes yeux bien plus intéressant... Sucer jusqu'à la moelle tel ou tel perso jusqu'à ce qu'il se change en une coquille vide pour que, tel un monstrueux bernard l'hermite, on puisse installer ses fantasme dedans, ça m'a toujours semblé un peu vain, bien en dessous des possibilités réelles des BJDs.
• Les Fangirls :
Si, si, ça aussi c'est un fantruc. Un fantruc qui est à l'origine de tous les autres, d'ailleurs. Je ne cracherais pas à la gueule des yaoistes "modérées", la grande majorité (les seules occasions où je me couvre de ma propre salive de mon plein gré, c'est quand je vois Till Lindemann qui monte sur scène). Moi, ce qui me hérisse, c'est les quelques hystériques qu'on voit scotchées aux stands fanzines de la Japan Expo, qui gueulent "kawaaaaaaaaaaai" dès qu'elles voient deux mecs qui marchent à moins de dix mètres l'un de l'autre, qui ne peuvent concevoir que l'amitié entre hommes existent, qui traitent d'homophobe quiconque oserait dire qu'il/elle n'aime pas le yaoi et qui vous boufferaient le foie si vous osiez critiquer leur pairing préféré. Ce sont les mêmes qui décident arbitrairement qu'elles sont "mariées" à un perso X ou Y, et qui piquent des crises monumentales si une autre fangirl s'aviserait de mettre ses sales pattes dessus. Sérieusement les filles (et les garçons, mais ils sont plus rares), un conseil : pétez un coup, évacuez la pression.
• En conclusion :
Pour relativiser un peu, je partage avec vous mes propres dessins moches, issus d'une époque où moi aussi j'étais une hystérique gouvernée uniquement par mes hormones. Depuis, je me suis calmée, mais je garde à portée de main ces fantrucs de merde que j'ai pu produire, en souvenir. Les graviers sont en vente près de l'entrée, juste à côté des tomates pourries.
(merci à Pandalilou sans qui cet article n'aurait pas pu naitre, ni porter un aussi joli titre)


