Oui, vous ne rêvez pas, c'est moi qui met à jour le blog. La première fois depuis... un certain temps. Il faut croire que la rage et la souffrance inspirent. Je vais faire de mon mieux pour articuler ma pensée, mais sous le coup de l'émotion, c'est toujours plus compliqué. Pas de dessin rigolo ou de blagues sur les licornes aujourd'hui. Je vous ferais aussi grâce des vidéos, des articles et des images choquants dont j'ai été bombardée, si vous voulez les voir, google est votre ami.

Depuis plusieurs mois, ouvrir un journal, allumer mon ordinateur, la radio ou la télévision est devenu intolérable. La transformation a été discrète mais il semblerait que je ne sois plus un être humain et que tout ce que la France fait de plus réac' soit bien décidé à me le faire comprendre.

Pendant toutes mon enfance, on m'a appris que nous avions tous notre chance, que nous avions tous le droit d'être nous-même, que nous étions uniques et que c'était cette multitude d'identités bariolées qui faisait celle de notre pays. Et j'y ai cru, de toute mes forces de gamine un peu niaise.

"Les Hommes naissent libres et égaux en droit."

Mon cul.

Oui, mon cul, parce qu'apparemment, c'est ça qui importe, ce que j'en fais. J'ai beau jouer les aigries de service, j'ai toujours un fond idéaliste qui s'accroche comme une bernique à son rocher. La claque dans la gueule est rude.

Si vous suivez l'actualité vous aussi, vous savez de quoi je parle : la controverse autour du mariage homosexuel.

C'était dans tous les programmes electoraux, ce "mariage pour tous", la possibilité d'adopter, la procréation assistée, et j'ai sincèrement voulu y croire. J'ai déposé mon bulletin de vote en croisant les doigts bien fort. Quand le projet de loi a été évoqué pour la première fois dans les médias, j'ai esquissé un sourire, j'ai partagé l'info sur mon mur fesses-de-bouc, et je suis partie au boulot. Je n'avais pas imaginé le raz-de-marée d'immondices qui nous guettait.

On a entendu les religieux hurler au scandale alors qu'il s'agit d'un mariage civil. Gardez vos soutanes et vos insignes loin de ma démocratie, je vous prie, parce qu'il n'ont rien à y faire. On a entendu les réponses à l'emporte-pièce habituelles. "Un enfant à besoin d'un papa et d'une maman", donc mesdames et messieurs veufs et veuves, préparez-vous parce que des cars de CRS vont bientôt arriver chez vous pour vous arracher vos petits. "Le mariage, c'est pour procréer !", alors à quand le test de fertilité avant les mariages hétéros ?

Je ne ferais même pas l'honneur de répondre aux "mais c'est contre-nature" et autres "mais c'est dégueulasse".

Par contre, j'ai bien été obligée de les entendre, la complaisance médiatique étant sans limite. L'ordure fait vendre il paraît, pour moi ça sent surtout mauvais. Et il faut croire que les égoûts de la pensée se sont engorgés, parce que la puanteur semble omniprésente en ce moment.

Apparemment, notre simple existence est si subversive qu'elle met en péril l'équilibre du pays.

Apparemment, l'Afrique du Sud, l'Argentine, la Belgique, le Canada, le Danemark, l'Espagne, une dizaine d'états aux USA, l'Islande, deux états du Mexique, la Norvège, les Pays Bas, le Portugal et la Suède ont ratés le mémo, parce que jusqu'à preuve du contraire les légions homosexuelles ne sillonnent toujours pas leurs terres avec des tanks roses pour détruire la sacro-sainte "famille nucléaire" à coup de canons à napalm pailletés.

La HAINE se déverse, comme si tout ça n'était qu'un gros bubon plein de pus qui n'attendait que l'occasion pour exploser et éclabousser tout, tout salir. Pédés, gouines, tantouzes, putes, on a eu le droit à tout. On nous a comparés aux pédophiles, aux zoophiles, on a nié nos droits les plus basiques. Mais bien sûr, ils ne sont pas homophobes. C'est quoi ce système où on attaque les minorités dans l'indifférence générale ? C'est quoi, cette France atroce dont je reconnais de moins en moins le visage ?

Pourquoi n'entend-on pas plus de voix politiques indignées contre cette lapidation immonde ? Où sont nos fameux "people" qui étaient tellement dans notre camp, quand le respect et l'égalité avaient encore le vent en poupe ? Nous sommes peut-être passés de mode ? Plus assez "fashion" ?

Oh, moi je suis à l'abri, oui. Pour le moment. Mon identité sexuelle est complexe, mais puisque je partage en ce moment ma vie avec un homme, ça va, ça ne se voit pas trop. Je reste relativement fidèle à la norme hétérosexuelle, au moins en apparence, et tant que ça sera le cas, j'aurais le droit de me marier si ça me chante et de ne pas le faire si je n'en ai pas envie. Mais si un jour nous devions nous séparer (je touche du bois pour que ça n'arrive pas) et que je tombais à nouveau follement amoureuse d'une femme ou d'un* trans*, FINI. Je perds automatiquement un droit basique, celui de choisir librement mon ou ma partenaire. Parce que m'empêcher d'épouser une femme que j'aime, est-ce que ça n'est pas dans le fond la même chose que m'obliger à épouser un homme que je n'aime pas ? N'est-ce pas une négation de mon droit de choisir pour moi-même ?

A méditer.
En attendant, des manifestations POUR le "mariage pour tous" auront lieu aux alentours du 16. Je vous invite tous à y aller, que vous soyez gay, hétéro, bi, pansexuel, asexuel, lesbienne, ou n'importe quel variation sur cette gamme. Que vous soyez concernés par cette loi ou pas, que vous ayez des amis ou de la famille homosexuels ou que vous n'en connaissiez aucun. Venez et faites vous entendre.