Vous me connaissez. Je suis là, toujours. A rôder sur le net, comme un requin numérique attiré par l'odeur du sang. Je dérive en cercle autour de vous, féroce, vicieuse. La bave luisante de mon rictus laisse de petites traces humides sur vos forums, vos blogs... Vous me connaissez, et je vous connais encore mieux ! Je suis l'ombre dans le miroir, je suis la fausse note dans la sérénade. Je suis celle dont le nom hérisse votre peau de chair de poule, celle qui vous fait pleurer, grincer des dents et taper du pied. Je suis... L'OBSEDEE TEXTUELLE !

Autrefois, l'écriture n'était réservé qu'à une élite intellectuelle, le sang neuf était rare... De nos jours, tout le monde écrit, et c'est une bonne chose. Sauf que tout le monde n'écrit pas toujours bien. Je ne suis qu'une auteur médiocre, mais une lectrice avertie. Et quand je vois les monstruosités que peuvent pondre certains, mon sang ne fait qu'un tour. L'Obsédée Textuelle se réveille, tel un Bad Bad Panda-Garou, et je pose mes griffes sur le clavier. Je tape une première fois. La langue devient arme, acérée et agressive. Je prends une minute de pause. Rentre mes crocs. Non, ça ne va pas. La personne en face est un être humain. Un personne sensible, fragile même. Je corrige. Prend à nouveau une minute pour me relire. Non, ça ne va toujours pas. Je corrige encore une fois, et je rajoute une bonne dose de glucose pour aider la médecine à couler. Je relis... oui, c'est constructif et encourageant. Parfait. J'envoie.

Deux minutes et quinze secondes plus tard, voilà à peu de choses près les réactions que je reçois :

whining

"Beuh heu heeeeeuuuuu ! Vilaaaaaaine ! J'vais arrêter d'écrire, tiens !"

Gloire à l'Attention Whore qui arrive à me faire passer pour une connasse incapable de voir le vrai talent, alors que j'ai pesé jusqu'à la plus petite de mes virgules. Les fans qui lui lèchent le cul ne sont que trop heureux de pouvoir lancer la curée sur moi. Vous comprenez, elle DOIT absolument publier la suite de sa fanfic Yaoi crossover Twilight/Naruto, leurs fantasmes vies sont en jeu !

Au début, ça m'amusait, avec le temps de moins en moins. Au final, j'ai décidé de ne plus me fatiguer et de me contenter de "snarker" (=ajouter commentaires et corrections caustiques à un texte) uniquement pour mon plaisir et celui de quelques amis.

Mais qu'en est-il de ceux et celles qui cherchent sincèrement la critique ? Qui veulent s'améliorer mais ne trouvent personne pour les conseiller, parce que tout le monde à peur de faire face à la rage de l'Attention Whore et de sa cohorte ? Sont-ils destinés à devoir se débrouiller tout seul ? Une seule réponse : oui. Parce que ces gens là ont déjà fait la moitié du chemin. Avec le travail et l'acharnement, ils y arriveront.

Voici tout de même une petite compile des conseils utiles :

• Attention à l'orthographe. Tout le monde fait des fautes de temps en temps, moi la première. Mais quand il y'en a même dans le titre... c'est moyen. Oubliez les smileys et les lols, brûlez-les et faites pipi sur leurs cendres. Imaginez-vous en train de raconter votre histoire à un interlocuteur. Ça m'étonnerait que vous vous arrêtiez tous les 5 mots pour dire "laule" ou "ixedé" ou encore "double guillemets" (en tout cas, je ne vous le souhaite pas).

• Élaguez le récit. Coupez ce qui n'est pas nécessaire. Sincèrement, on s'en fout d'avoir tous les détails de la vie intime de chaque personnage. Qu'est-ce que ça apporte à l'histoire ? Posez-vous toujours cette question : en quoi est-ce utile ? En quoi cela va-t-il intéresser le lecteur ?

• Un premier chapitre ne doit jamais être ennuyeux. JAMAIS. La situation peut être banale, mais pas ennuyeuse. Imaginez que vous prenniez un livre, et que le premier chapitre vous fait bailler... Allez-vous continuer à le le lire ? Le premier chapitre, c'est l'accroche du texte, ce que les lecteurs vont regarder avant de décider s'ils aiment ou pas. Premier chapitre ennuyeux = reste de l'histoire ennuyeuse, le voilà catalogué.

•  Les personnages secondaires servent TOUJOURS. Pas forcément pour l'intrigue même, mais parce qu'ils donnent une réalité à l'univers, une vie. Le personnage principal ne flotte pas tout seul dans le néant. Développez-les, donnez leur des noms, de la profondeur, où ils ressembleront juste des silhouettes en carton, placées là pour meubler un peu. Personnellement, je fais des fiches, même sur mes personnages les plus secondaires, ou je note tout sur eux. Leur histoire, leur physique, leur caractère, leurs défauts, leurs goûts, leurs manies, leur vision du monde, tout. Même si je ne me servirais probablement pas du quart, ça me permet de donner une épaisseur à mes protagonistes, à leur donner une humanité, un aspect charnel. Si vous n'avez vraiment pas envie de détailler vos persos secondaires, virez les carrément.

Montrez, plutôt que de dire. Ça c'est une erreur commune. Votre lecteur n'est pas idiot, il n'a pas besoin qu'on lui explique tout. Un exemple :
"Kelly est ma meilleure amie. C'est une gentille fille qui aime les animaux."
Bon, là il y a un peu de développement de personnage, on a des indications sur son caractère, mais la formulation est super enfantine, plate.
"J'ai rencontré Kelly la première fois au cabinet vétérinaire, elle était bénévole. Pendant qu'elle examinait mon chat, on a lié conversation, et on a découvert qu'on était dans le même lycée ! On ne s'était tout simplement jamais remarqué l'un et l'autre, alors que nous avions énormément de points communs... Depuis ce jour, on ne s'est plus quitté. On nous a même surnommé les Siamois."
C'est un bout de texte très simple et ça vaut ce que ça vaut. Mais là, je montre qu'elle est gentille (elle fait du bénévolat), qu'elle aime les animaux (cabinet vétérinaire), que le narrateur et elle sont devenu des amis très liés, et qu'ils ont une vie lycéenne. Et ça donne tout de suite une vie au texte, parce que les personnages ne flottent pas dans le néant. Ne pré-mâchez pas le travail du lecteur, je vous assure qu'il dispose d'un cerveau tout à fait fonctionnel.

• Ne vous contredisez pas. Si votre personnage est timide, faites-le se comporter en tant que tel. Si votre histoire indique certaines règles ("les vampires peuvent voir dans le noir"), respectez-les ("oh la pièce est sombre, je ne vois pas l'héroïne qui s'était cachée là !"), sinon vous aurez l'air de vous torcher le cul avec la cohérence.

• Dernier conseil, le plus important peut-être : ne faites pas l'amalgame entre vous et votre personnage. Il n'y a rien qui ne me mettre plus mal à l'aise que de lire un texte où le personnage principal n'est rien d'autre qu'un vision idéalisée de l'auteur. Le/la Gary/Marie Sue qui n'a pas de "défauts" à proprement parler (où il est sensé en avoir mais ça n'est jamais montré), ça n'est jamais de sa faute, il/elle culpabilise de façon complètement injustifiée, les autres personnages ne sont que des faire-valoir, il/elle est trop puissante, il/elle partage les goûts de son auteur, sa vision du monde... Vivez votre vie, ne la "fanfic-ez" pas !

A vos plumes !