J'ai la conviction profonde que nous avons tous une ou plusieurs oeuvres qui nous sont "destinées". Ça peut être un film, une chanson, une photo, un livre... Ça peut dater de plusieurs millénaires, tout comme ça peut être le tube sorti la veille. Ça peut être de n'importe quel pays, dans n'importe quelle langue. Des milliers de personnes l'auront vu, entendu, lu... Mais c'est à vous qu'il parle. Ça vous prend aux tripes, ça vous emporte, ça vous soulève et ça vous remplit. Et on en ressort secoué, les larmes aux yeux, peut-être même, mais plus grand.

Dans ma courte vie, je n'ai pour l'instant rencontré que deux de ces oeuvres "destinées", un film et un livre. C'est de ce dernier dont j'ai envie de vous parler, le bouquin qui m'a sauvé la vie. Allez pas vous faire des idées, hein, il a pas sauté dans le vide pour me rattraper avec ses petits bras, alors que j'allais faire une chute mortelle du haut de mon bac de douche. C'est plus subtile que ça. C'est un livre qui m'a permis de ne pas être "morte à l'intérieure", qui m'a poussée à sortir de ma bulle et à m'ouvrir. Sans vouloir m'étaler, je vivais des moments difficiles dans ce temps là, et il 'a terriblement aidé à faire face. Je ne vais pas vous promettre que ce bouquin est le messie qui va vous sauver à votre tour, je l'ai déjà offert à des amis qui n'ont pas été touchés par lui, pas comme moi, en tous cas. Mais j'espère vous donner envie de le lire, au moins un peu, parce que cette auteur mérite d'être encore bien plus connue que ça.

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Extrait : "J’ai passé trois jours de suite dans la salle de bains. Mon chevalet dressé près de la baignoire, mes tubes de peinture disposés sur un tabouret, j’ai peint la sirène. Elle semblait ravie. Je ne l’avais jamais vue rouler ces yeux-là. A tel point qu’à un moment une chose incroyable s’est produite : elle s’est mise à chanter. Mais pas comme les sirènes qui rendent les marins fous et font échouer leurs bateaux, non. Ca ressemblait à une plainte d’animal, modulée pour former des notes. A la place des paroles, elle chantait des sons inarticulés de bête, mais très beaux. Sur le moment, ça m’a bouleversée. J’ai dû m’asseoir. Je me suis arrêtée de penser, de vouloir, de désirer, de craindre. Je l’écoutais. Quand elle a cessé de chanter, j’ai recommencé à peindre. Ses joues avaient rosi et j’ai dû changer un peu mes couleurs."

Voilà. Le Musée de la Sirène, c'est un livre avec une vraie sirène dedans. Annabelle, la narratrice, la vole dans l'aquarium d'un restaurant chinois et l'installe dans son lavabo, puis dans sa baignoire quand elle devient trop grande. Annabelle, elle est professeur de dessin à domicile, et peintre aussi. Maladivement timide, sortir de chez elle l'angoisse, elle reste chez elle le plus possible, dans son cocon, sa coquille. La sirène, c'est son double obscure, sa névrose, qui devient de plus en plus grande, de plus en plus envahissante, ingérable dès qu'on la laisse seule, à la fois boulet qui retient en arrière, et bonne excuse pour ne pas essayer d'aller de l'avant. La sirène apprend à peindre, et tout s'emballe...

C'est une histoire qu'on peut lire avec le même plaisir au premier degré ou au second, que ça soit sous la forme d'un conte qui en appelle au coeur, ou d'une réflexion sur l'art, sur l'amour, le vrai, sur la féminité, sur la vie...

Vous ne finirez peut-être pas la larme (de bonheur) à l'oeil comme moi à chaque fois que je le lis, mais Cypora Petitjean-Cerf a écrit un livre qui en vaut la peine, que vous le viviez comme une révélation ou comme un plaisir littéraire.

Je recommande, du même auteur :

Le film (Éditions Stock, 2009)

Le corps de Liane (Éditions Stock, 2007)

L'école de la dernière chance, un an en classe relais (Éditions Stock, 2005)